Dossier "Délocalisations"
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(6) La Chine dans l'économie mondiale.
Les premières délocalisations vers la Chine concernaient les productions et les technologies productives arrivées à maturité. Rapidement, elles s'étendirent aux productions les plus pointues et aux technologies productives les plus récentes. Fin 2004, il y existait déjà 700 centres de recherche et développement d'origine transnationale. La croissance chinoise progresse à pas de géant. Depuis 2004, elle a atteint un taux d'environ 10 %, du moins officiellement car des économistes doutant de la fiabilité des statistiques locales la situent autour de 16 %. Les exportations, qui représentaient 23 % du PIB en 2000, ont maintenant dépassé les 30 %. Les investissements, aussi bien d'origine étrangère que nationale, s'accélèrent. Ils sont stimulés par le fort excédent commercial et ont connu une hausse d'environ 24 % en 2006. La Chine connaît donc une dynamique rapide de croissance de la production industrielle, dont presque les 3/4 sont destinés à l'exportation. Cette production est de plus en plus haut de gamme, orientation volontairement soutenue par les autorités qui viennent récemment de baisser les taxes dans ce secteur. La production industrielle chinoise se renforce dans tous les secteurs. D'après la théorie libre-échangiste des avantages comparatifs, pour que tous les pays tirent profit des échanges chacun doit se spécialiser dans les productions qui l'avantagent le plus, or la Chine accroît sa présence dans quasiment toutes les branches industrielles. Avec ses bas salaires maintenus par une politique ferme, sa technologie productive d'une qualité équivalente dans de nombreux domaines à celle des pays développés, et les compétences des ingénieurs qu'elle forme en grande quantité, l'industrie chinoise ne possède plus seulement des avantages comparatifs, mais un avantage quasiment absolu. On est hors des critères habituels des théories libre-échangiste, hors des schémas habituels de développement, dans une situation sans équivalent connu. Les pays non développés technologiquement devaient jusqu'alors se contenter d'échanger leurs matières premières ou leurs productions agricoles avec les pays riches. Ils étaient soumis à des remboursements d'emprunts qui limitaient leurs possibilités d'investissements, et les tenaient sous la dépendance des multinationales et des grandes institutions financières. Rien de tout cela avec la Chine. Ses réserves de devises étrangères s'accroissent avec ses exportations, et ont dépassé en 2006 les 1000 milliards de dollars. Une grande partie de cet avoir est placée en bons du trésor états-uniens, ce qui lui confère une importante liberté dans ses choix économiques et monétaires. Une autre partie se dirige vers l'acquisition d'entreprises étrangères, lui permettant ainsi d'acquérir sans efforts des savoir-faire qui ne peuvent qu'amplifier ses capacités d'exportations. Les marchandises "made in China" envahissent de plus en plus le marché mondial, sans qu'on puisse voir aucune limite à ce déferlement. Les balances commerciales des pays occidentaux déclinent, et certaines s'enfoncent de plus en plus dans le rouge, les Etats-Unis depuis le milieu des années 90, la France depuis 2004. Les déséquilibres se creusent sans solution apparente. Les espoirs nés lors de l'ouverture économique de la Chine, censée profiter à l'économie des pays développés, ont évolué vers un cauchemar. Nous devenons de plus en plus dépendants de la production chinoise. Le modèle économique chinois est souvent qualifié d'insoutenable. Le taux d'épargne est très élevé, et freine une consommation locale trop faible pour permettre le franc décollage d'un développement interne. Les inégalités économiques et sociales se creusent, une petite partie de la population s'enrichit alors que l'immense majorité de la population ne tire aucun avantage du développement de la production. L'investissement, trop élevé, fait apparaître des risques de surproduction. La pollution y atteint des sommets. Les plus optimistes partisans du libre-échange pourront toujours prétendre que ces problèmes vont se règler, à condition bien sûr que la Chine joue le jeu du libre-échange, ouvre ses marchés intérieurs et reévalue sa monnaie. Vu sa position de force dans l'économie mondiale, rien n'est moins sûr. Dans le meilleur des cas cette évolution ne pourra se faire que sur le long terme, alors que la rapidité de la croissance des déséquilibres situe les problèmes dans le moyen terme. Si le modèle économique chinois est insoutenable, il apparaît de plus en plus que ce n'est pas seulement pour la Chine elle-même, mais surtout pour l'ensemble de l'économie mondiale et en premier lieu pour celle des pays les plus développés.
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(1) La mondialisation de la production (2) Du secteur industriel à celui de la recherche et développement (3) Les différentes formes de délocalisations (4) Les arguments "pro-délocalisations" |
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