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Dossier "Délocalisations"

(5) Conséquences sur l'emploi


Si les délocalisations de production sont un phénomène qui entraîne incontestablement des licenciements, le chiffrage des emplois perdus de leur fait n'est pas chose facile. En ce qui concerne les délocalisations directes, elles sont en grande partie recensées et quantifiables. Une étude de Patrick Aubert et Patrick Sillard [1] estime que, sur la période 1995-2001, le nombre d'emplois délocalisés dans le seul secteur industriel serait en moyenne de 13 500 par an, soit 79 000 pour la période considérée. Cette étude met d'ailleurs en évidence les difficultés méthodologiques pour chiffrer les pertes d'emplois, et n'aboutit qu'à des estimations approximatives. Or, il ne s'agit là que d'emplois perdus du fait des seules délocalisations directes de production, et concernant le seul secteur industriel. Qu'en est-il des emplois perdus suite aux délocalisations indirectes et aux délocalisations par défaut ?

Ce nombre est bien évidemment encore plus difficile à estimer. Les délocalisations indirectes sont un phénomène rampant, et dans de nombreux cas il est impossible de savoir si des licenciements résultent d'une restructuration consécutive à des progrès techniques, d'une mauvaise gestion de l'entreprise, ou sont bien le simple fait de transferts de production vers les pays émergents.

Les délocalisations permettent aux pays émergents d'exporter, donc de récupérer des devises étrangères, lesquelles leur permettent en contrepartie d'importer des productions provenant des pays riches. Toutefois, du fait de la différence du coût du travail, il ne peut y avoir égalité entre le nombre d'emplois perdus dans les pays développés à cause des délocalisations, et ceux qui y sont créés pour la production à l'exportation [2]. Globalement, c'est à dire à l'échelle mondiale, la mondialisation de la production crée des emplois. Elle en crée beaucoup plus dans les pays émergents que dans les pays développés, et le nombre d'emplois créés dans ces derniers ne compense pas ceux qui y sont perdus. Au final les délocalisations sont donc incontestablement la cause d'un transfert d'emplois des pays développés vers les pays émergents.

Quantifier le nombre d'emplois perdus passerait par une étude approfondie des marchandises échangées avec les pays émergents, en s'intéressant à la quantité de travail incorporée dans chacune. Vu la diversité de ces marchandises, la complexité de la tâche explique sans doute l'absence d'une telle étude. On peut néanmoins, sans risquer de se tromper, estimer que des centaines de milliers d'emplois ont déjà été perdus en France suite aux délocalisations. Au delà de l'imprécision de ce passif, et face aux prévisions montrant une accentuation des transfert de production, on peut surtout s'inquiéter des pertes à venir.



[1] "Délocalisations et réductions d'effectifs dans l'industrie française". Avril 2005.

http://www.insee.fr/fr/nom_def_met/methodes/doc_travail/docs_doc_travail/g2005-03.pdf

 

(1) La mondialisation de la production 

(2) Du secteur industriel à celui de la recherche et développement

(3) Les différentes formes de délocalisations 

(4) Les arguments "pro-délocalisations"

(5) Conséquences sur l'emploi

(6) La Chine dans l'économie mondiale

(7) Quelles réponses ?

  
   
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