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(1) Historique
(2) Forme, nature et
fonctions
(3) Monnaie et actifs financiers
(4) Le système bancaire
(5) La création monétaire
(6) Les agrégats monétaires
(7) Capitaux et marchés
financiers
(8) La croissance du crédit (9) L'endettement
et ses limites
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(1) Historique
La monnaie métal
La monnaie est un bien qui a pris
différentes formes durant sa longue histoire. Dans l'Antiquité méditerranéenne,
le bétail et le grain ont joué le rôle de monnaie tout autant que les
métaux (cuivre, argent, or). L'or est un métal rare, malléable
et inaltérable. Ces différentes qualités en font un moyen d'échange
et de réserve de valeur reconnu depuis des millénaires.
Les premières "pièces frappées"
apparaissent vers la fin du VIIe siècle av JC. Elles portent une effigie
qui apporte la garantie d'un souverain ou d'une communauté. La frappe leur donne une valeur précise,
valeur correspondant normalement au poids du métal (or, argent, cuivre)
qui la constitue. Il n'est alors plus nécessaire de la peser pour connaître
sa valeur.
La monnaie métallique frappée devint pratiquement la
seule monnaie utilisée pendant deux millénaires.
Au cours du Moyen-age, la monnaie
circulait peu en Europe, il faut dire que le mode de production féodal
ne la nécessitait guère. Les impôts étaient payés en
nature, soit sous forme d'une partie de la production agricole, soit
sous forme de corvée, et il en était de même pour une partie du
paiement des travaux relevant de l'artisanat. Les communautés, essentiellement rurales,
vivaient en quasi autarcie dans un système de relations sociales où le
phénomène monétaire était secondaire.
L'usure (prêt contre intérêt, crédit
rémunéré) était contraire aux principes de la religion et
officiellement interdite dans notre pays depuis 789 (Charlemagne), ce
qui défavorisait nettement l'usage des pratiques monétaires. La
monnaie d'or ou d'argent était principalement utilisée pour le
commerce de biens de luxe, et circulait surtout dans les foires et
dans les circuits internationaux.
Des pratiques bancaires, qui
existaient déjà dans l'Antiquité méditerranéenne, réapparurent dans
l'entourage des marchands :
- au XIVe siècle la monnaie de
papier fit son apparition avec la lettre de change , elle permettait d'éviter
le transport du métal en s'y substituant temporairement.
- l'escompte, qui permet
de se faire régler immédiatement une lettre de change
- les compensations sur livre de compte permettaient aux banquiers de compenser leurs créances
et dettes réciproques.
Il est important de bien comprendre ces
deux pratiques monétaires, car elles sont au coeur des systèmes
bancaires d'hier comme d'aujourd'hui.
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Lettre de change : Un commerçant achète des
marchandises. Au lieu de payer immédiatement en monnaie
"sonnante et trébuchante", il fournit un document où il
s'engage à ce que le fournisseur puisse être payé par son
banquier ou toute autre personne désignée.
Ce procédé permet à
un commerçant vénitien, qui se rend à Amsterdam ou sur une Foire
pour effectuer des achats, d'éviter d'emporter du métal précieux
pour régler ses dépenses. Il créera une "lettre de
change" que le fournisseur se fera compenser par son banquier.
Cette technique financière permet un délai entre la livraison et
le paiement, délai qui peut être précisé sur la lettre
"payable le....". Ce délai correspond à un crédit.
Le
fournisseur pourra éventuellement transférer cette lettre de
change à un de ses propres créditeurs pour régler une dette ou
effectuer d'autre achats, elle pourra ainsi passer par plusieurs
intermédiaires avant son règlement définitif.
Le chèque d'aujourd'hui est une évolution de la lettre de change. |
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Escompte
: Un producteur fourni des marchandises à un détaillant,
ce dernier le règle par l'intermédiaire d'une lettre de change
payable au terme de trois mois. Le producteur la porte à sa
banque, celle-ci lui règle immédiatement la somme en question
(moins sa commission). Le banquier récupérera lui-même cette
somme auprès du détaillant à l'échéance de la lettre de
change.
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Compensation sur livre de compte : Technique de règlement
entre plusieurs parties débitrices et créditrices les unes vis à
vis des autres, limitant l'usage des moyens de paiement au règlement
du solde net de ces diverses opérations.
Prenons l'exemple de deux
banquiers, l'un de Venise et l'autre d'Amsterdam. Plusieurs clients
du banquier de Venise sont créditeurs ou
débiteurs des clients d'un banquier d'Amsterdam, lequel a lui même
des clients créditeurs ou débiteurs du même banquier de Venise.
Ces deux banquiers n'auront pas besoin de se transmettre
mutuellement la totalité des fonds nécessaires à ces
transactions, mais seulement le solde net. Si l'un doit globalement
200 000 Florins à l'autre, et que l'autre lui doit 190 000 Florins,
ce ne sera pas un total de 390 000 Florins qui aura besoin d'être
transféré, le premier fera seulement parvenir 10 000 Florins au
second.
De nos jours, les banques
commerciales compensent quotidiennement leurs avoirs
réciproques à partir de leur compte auprès de la Banque
Centrale. |
La monnaie papier (monnaie
fiduciaire)
En 1609, la Banque d'Amsterdam prend
en dépôt les différentes monnaies métalliques que lui apportent les
commerçants, et met en circulation des billets.
Le montant de billets
émis correspondait à la valeur du métal déposé à la banque, les
billets se substituaient simplement au métal et n'étaient pas une véritable
monnaie qui s'ajoutait à celui-ci.
Le métal précieux déposé était
la contrepartie des billets, et ces derniers étaient détruits quand le
déposant récupérait son or ou son argent.
Les choses changent en 1656
quand la Banque de Suède adopte une nouvelle technique,
elle émet toujours des billets contre la valeur du métal précieux
qu'elle prend en dépôt, mais elle émet un supplément de billets qui
sont utilisés pour escompter des "effets de
commerce".
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Effet
de commerce : Titre de créance remplaçant un paiement en monnaie.
Cette créance peut être payable à vue ou à terme. La lettre de
change, la traite, le billet à ordre, le chèque sont des effets de
commerce.
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La pratique de l'escompte était déjà
utilisée par les banques, mais jusqu'à cette date la banque rachetait
les effets contre de la monnaie métallique, et non contre un simple
papier. Les billets de la Banque de Suède restaient toujours
convertibles en métal auprès de la banque, mais, pour la première
fois, une banque émettait officiellement plus de billets qu'elle
n'avait de métal en réserve.
Les billets émis ne se substituaient pas
à la monnaie métallique mais s'y ajoutaient, et de la monnaie supplémentaire
était ainsi créée. La contrepartie de cette monnaie n'était plus
seulement du métal précieux, mais du crédit sur des effets de
commerce.
Cette pratique se répandit au cours du XVIIIe siècle
et se généralisa au cours du XIXe siècle.
La Banque de France fut créée par
Napoléon 1er en 1800. C'était une banque privée dont Napoléon était
lui même actionnaire. Elle utilisait bien entendu les méthodes de la
Banque de Suède, d'autant plus que le prêt contre intérêt était
devenu légal depuis la Révolution. Les billets émis étaient d'un
montant élevé, et destinés à circuler pour effectuer de gros règlements.
Ils étaient convertibles en or aux guichets de la banque, mais
n'avaient pas "cours légal" (ce qui signifie que nul n'était
obligé de les accepter en paiement).
Pendant la grave crise économique et
sociale de 1848, le gouvernement proclama le "cours légal"
(obligation pour tous d'accepter les billets en paiement), et le "cours
forcé" (la banque n'échange plus les billets contre de l'or),
il y mit fin en 1850.
En 1870, le cours légal et le cours forcé sont
à nouveau proclamés. La convertibilité est rétablie en 1878, mais le
cours légal est définitivement instauré.
Le cours forcé sera rétabli
en 1914 , et il durera jusqu'en 1928 où une convertibilité très
partielle (seulement contre lingots d'or de 12 kg) sera instaurée
jusqu'en 1936.
Depuis 1936, le billet de la Banque de France a cours légal
et forcé.
La montée du billet de banque n'empêcha
pas la référence à l'or pendant de nombreuses années, on peut
d'ailleurs constater une augmentation régulière de sa valeur en équivalent
monétaire :
- le Franc germinal de 1803 équivalait à 322, 58 mg d'or,
- le Franc Poincaré de 1928 équivalait à 65,5 mg,
- le nouveau Franc de 1959, soit 100 anciens Francs, à 180 mg,
- la dévaluation de 1969 le descendit à 160 mg.
Depuis 1969 la valeur du Franc n'a
plus jamais été déterminée par rapport à l'or, qui fut
officiellement démonétisé en 1976 lors des accords de Kingston. Toute
référence à l'or pour exprimer la parité des monnaies devint alors
interdite.
On peut remarquer que si quelques banques centrales ont vendu
une partie de leur réserve d'or, elles en conservent néanmoins une
grande quantité : environ 2 800 tonnes pour la France et 32 000
tonnes pour l'ensemble des Banques centrales. Cette quantité est très
importante vu que l'on estime que seulement 150 000 tonnes ont été
extraites par l'homme, et dont 10 000 se seraient perdues.
Si l'or
a officiellement perdu sa place en tant que valeur monétaire,
l'existence de ces stocks montrent néanmoins qu'il reste toujours une
valeur financière de réserve.
Si de nos jours, la valeur de la monnaie n'est plus directement reliée à un poids d'or donné, on peut toujours
acheter de l'or, mais c'est alors en tant que "matière
première", et non en tant que valeur monétaire.
La valeur de l'or
de la Banque de France correspondait à 42,2 milliards d'Euros en
décembre 2006, alors qu'à la même date la quantité de billets et pièces
en circulation s'élevait à 122 milliards d'Euros, et l'ensemble des dépôts
bancaires à 1249,6 milliards d'Euros. L'or ne représente donc qu'une petite partie de la contrepartie de la monnaie existante.
La monnaie dématérialisée
(monnaie scripturale)
La deuxième moitié du XXe
siècle voit apparaître de nouvelles pratiques monétaires :
l'utilisation du chèque et celle de la carte bancaire entraînent une dématérialisation
croissante de la monnaie. Désormais, sa majeure partie n'existe plus
que sur des disques durs d'ordinateur.
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