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Monnaie et crédit

5) La création monétaire


Dossier monnaie :

(1) Historique
(2) Forme, nature et fonctions
(3) Monnaie et actifs financiers
(4) Le système bancaire
(5) La création monétaire
(6) Les agrégats monétaires
(7) Capitaux et marchés financiers
(8) La croissance du crédit
(9) L'endettement et ses limites

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La crise de l'économie américaine (2008)

Beaucoup de gens voient la monnaie comme un stock, c'est à dire qu'il existerait une certaine quantité de monnaie qui circulerait. Cette monnaie aurait été créée par la Banque Centrale, et, bien souvent, ces gens pensent que c'est en contrepartie des stocks d'or qu'elle détient dans ses réserves. Pour comprendre que ce n'est pas le cas, il suffit de voir que la valeur de cet or est bien inférieure à la valeur de la monnaie qui circule. 

A l'époque où les billets et pièces de la Banque de France représentaient la plus grosse partie de la monnaie existante, l'idée d'un stock avait encore du sens, mais avec la monnaie dématérialisée les choses sont bien différentes.


La Banque Centrale

Aujourd'hui, la Banque Centrale crée la "monnaie centrale". Cette monnaie reste sur les comptes des banques commerciales auprès de la Banque Centrale. Elle joue le rôle de réserves obligatoires, dont le montant est déterminé par la Banque Centrale, et sert à la compensation des paiements entre les banques.

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La Banque Centrale ne possède aucun stock de monnaie centrale, cette monnaie est créée en contrepartie de titres de créances (bons du Trésor ou autres créances "de qualité") que lui confient les banques commerciales.

Les fréquentes opérations de refinancements des banques commerciales par la Banque Centrale sont autant d'occasions supplémentaires de création monétaire. Ces refinancements ayant une durée limitée, la monnaie créée ne l'est que pour un temps assez court, et disparaît une fois ce temps écoulé.



Les banques commerciales

Suivant le même principe que les banques du 17ème siècle qui créaient de la monnaie-papier en contrepartie d'effets de commerce, les banques commerciales créent aujourd'hui de la monnaie-dématérialisée en contrepartie de titres de créances.

Non seulement, les banques commerciales prêtent en totalité la monnaie qu'on leur a confiée, les dépôts font alors les crédits. Mais elles prêtent aussi de la monnaie qu'elles n'ont pas en dépôt, et ce sont alors les crédits qui font les dépôts. 

La réalité de la création monétaire par les banques commerciales n'est pas toujours facile à admettre pour le citoyen ordinaire. Que ceux qui doutent se posent alors la question de l'origine de la monnaie dématérialisée, d'où provient cette monnaie ?

En créant la monnaie centrale à la disposition des banques commerciales, la Banque Centrale joue bien un rôle dans la création monétaire, mais elle n'est pas pour autant à l'origine de la monnaie dématérialisée existante, celle que l'on trouve sur les comptes courants des clients. La monnaie dématérialisée relève donc d'un processus de création propre aux banques commerciales, et sans ce processus cette monnaie n'existerait pas.

Créer de la monnaie est très facile pour une banque commerciale, car cette opération se limite à un simple jeu d'écriture. La comptabilité d'une banque se décompose en un actif et un passif. 

- l'actif est ce qu'on doit à la banque, ce sont des "actifs financiers", des titres de créance, de la monnaie que la banque a prêtée et qui lui rapporte des intérêts. 

- le passif est ce que la banque doit à ses déposants, la monnaie qu'on lui a confiée et qui est inscrite sur les comptes de dépôt. 

Que se passe-t-il quand une banque prête 5000 € à un emprunteur ? 

- L'opération crée un titre de créance de 5000 €, comptabilisé en actif pour la banque.

- Ces 5000 € sont inscrits sur le compte de l'emprunteur, comptabilisés au passif de la banque. 


Au final, on peut constater que la banque inscrit la même somme à son actif et à son passif, et que sa comptabilité reste équilibrée. Y compris si la banque ne possédait pas ces 5000 € au préalable, et a profité de l'opération pour les créer. 



Cette création monétaire est parfois appelée "création ex nihilo", c'est à dire création à partir de rien. Cette qualification repose sur le fait que la monnaie ainsi prêtée à l'emprunteur n'existait pas au préalable. Pourtant cette monnaie n'est pas créée à partir de rien, mais à partir d'une opération bancaire qui l'a créée en contrepartie d'un titre de créance. L'usage du terme ex nihilo tendrait à faire penser que cette création serait sans contrepartie, et que les banques pourraient ainsi créer de la monnaie "gratuitement", ce qui n'est pas le cas.

Les 5000 € créés dans notre exemple ont une durée de vie limitée à la durée de cette créance. Ils disparaîtront au fur et à mesure des remboursements de l'emprunteur. L'existence de monnaie dématérialisée ne repose donc pas sur un stock de monnaie existante, mais sur des flux permanents de création monétaire par les banques commerciales. Si, pour des raisons diverses, les banques commerciales cessaient d'accorder des crédits créateurs de monnaie, la monnaie scripturale disparaîtrait. 

L'exemple choisi ci dessus n'est bien sur qu'un exemple pour montrer comment les banques commerciales créent de la monnaie, cette création aurait tout aussi bien pu concerner une opération d'escompte. Ce processus de création est global, et il n'est pas possible de savoir si un prêt de la banque a été financé par de la monnaie existant déjà sur des comptes de dépôt, ou par de la monnaie créée pour l'occasion.

Cette possibilité de création monétaire n'est pas infinie, mais est limitée par le montant des réserves obligatoires auprès de la Banque Centrale, ainsi que par le "ratio Cooke" qui fait dépendre le montant total des prêts que peut accorder la banque du montant de ses fonds propres (son capital). Plus ses fonds propres sont importants, plus une banque peut prêter de monnaie, et donc en créer. Si la banque fait de mauvaises affaires et perd de l'argent, elle doit déduire ses pertes de ses fonds propres, ce qui peut alors l'empêcher d'accorder de nouveaux prêts et donc de créer l'indispensable monnaie.

 

Michel Lasserre
(2008)